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Réflexions,  Voyages

Mon anniversaire en Équateur, sur le volcan Cotopaxi

Par Hélène Lebon

Quand on s’est rencontrés, j’ai dit à celui qui depuis trois petites semaines est mon mari, que j’aimais passer mon anniversaire chaque année dans un pays différent. Sept années que c’est comme ça maintenant. Sept années que mon anniversaire se souffle en changeant de perspectives et de frontières, mais avec toujours les mêmes questions. Est-ce que je suis heureuse? Est-ce que je fais ce que je peux pour l’être? Est-ce que je rends les gens heureux et je remplis ma mission de Trait d’Union? Cette année, direction le Cotopaxi en Équateur pour y répondre!

vue cotopaxi enneigé
© Mario Courchesne

Le volcan Cotopaxi, une expédition et ses guides au top

Quand j’ai finalement décidé cette expédition, c’était la veille du départ. J’en avais tellement envie! Nourrie aux récits de Rouletabille et aux entrevues d’Haroun Tazief dans mes jeunes années, il m’est resté pour les volcans une infinie fascination. Mais on peut lire des tas d’avis décourageants sur la montée du Cotopaxi et je n’étais pas sûre de vouloir être malade pour ma fête. J’ai bien fait de “m’insister”. Mario et Cheryl ont réservé Ecuatraveling le soir pour le lendemain. Andrés, prévenu dernière minute s’est pointé à l’heure ce matin du 7 novembre. Dernière minute mais pas tout croche, il s’est occupé de nous déclarer à l’entrée du Parc national et Lorena, la guide du parc a rempli sa mission à merveille elle aussi. Lorena, petite femme forte et maman célibataire qui se souvient du dernier réveil du Cotopaxi en 2015, car avant qu’il n’aille plus loin, elle avait accouché et lui avait demandé de s’abstenir d’entrer en éruption. À mesure qu’on l’écoute, on prend la mesure de son respect et de ses connaissances pour les plantes et la nature environnante. Elle est née le 5 novembre, on se fête ensemble, on s’aime bien. 

© Andrés Cevallos, Ecuatraveling

Le volcan Cotopaxi, expérience partagée et défi remporté

Avec Mario et moi dans le 4×4, il y a aussi Cheryl bien sûr, et Pablo et Marco, les hôtes de notre AirBnb rue Liceo avec qui nous nous sommes liés d’amitié toute cette semaine. Après un tournage, quelques drinks, un dîner spontané et des discussions à bâton rompu, on s’est adopté les uns les autres. Ils m’ont offert une rose éternelle ce matin – moi qui aime tant le Petit Prince – et de m’expliquer qu’ils l’ont depuis plus d’un an mais qu’ils attendaient une personne spéciale pour lui offrir. Je prends tous les compliments, aujourd’hui j’ai 34 ans et quelques cheveux blancs. Tout le jour, ils ont parcouru le parc du Cotopaxi avec admiration et reconnaissance, heureux d’être là et de partager cette expérience. Et il faut dire que c’en est toute une! 

chevaux sauvages cotopaxi equateur

Indomptable volcan, le Cotopaxi nous a gâtés

Le volcan est haut. Il est sauvage comme les chevaux qui paissent ou courent à ses pieds. Il est fier, capricieux et timide nous explique Lorena qui s’étonne de voir que le ciel se dégage autant et si vite. Nous commençons à grimper. L’ascension est aussi pénible que la vue est magique. Entre le manque d’oxygène à plus de 4000 mètres et la pente abrupte (on a pris le chemin Rompe corazones, littéralement “celui qui brise les coeurs”), ma progression est lente. Je pense arrêter. Je m’assois sur une pierre et je me parle. Je reprends mon souffle. Mario m’encourage. “Tu te bats contre toi-même. Ton corps et ta tête veulent que tu arrêtes, mais tu peux les dépasser”. Et comme de fait, ensemble et plusieurs minutes après nos amis équatoriens et la guide, nous arrivons au refuge José Rivas, juché à 4 864 mètres. Quelques nausées devant mon chocolat chaud, un autocollant bien mérité du refuge que j’achète pour chacun d’entre nous, et il faut déjà redescendre. 

refuge josé rivas cotopaxi méditation
© Mario Courchesne

La descente concrétise notre ascension personnelle

La descente va vite, on remplit de sable et de gravier volcanique nos chaussures et on prend encore quelques clichés, tout sourire mais fatigués. On vole à flanc du Cotopaxi, les larmes me viennent et je les ravale quelques fois. Les larmes me viennent alors que je suis envahie par une vague de gratitude. Je suis bercée dans une sensation de petitesse par rapport à l’endroit où nous sommes. Mais je sens que j’ai pleinement ma place. On se sourit tous. Le sommet est désormais tout à fait libre et brillant, la guide s’étonne. Un cliché encore, on saute tous ensemble, on saute littéralement de joie et pour la pose. 

À mesure qu’on redescend, l’adrénaline s’en va, le défi est remporté et humblement, on remercie le volcan, un peu chacun, à notre façon. Le paysage est époustouflant et alors que notre Toyota tourne un virage, un improbable arc-en-ciel illumine le plateau. On l’avait aperçu depuis le Cotopaxi, mais voilà qu’il s’affirme dans ce cadre grandiose. 

cotopaxi arc-en-ciel
© Mario Courchesne

De l’art d’effacer les barrières en passant les frontières 

Cette année, en moins de 48h et après avoir raccompagné mes parents venus 15 jours découvrir l’automne au Québec pour notre mariage, nous avons sauté dans un avion direction Quito. Un choix assez facile et après une semaine que nous y sommes, je dirais même, un choix vraiment formidable. 

Quito, capitale de plus de 3 millions d’habitants au coeur de l’Équateur, ce petit pays d’Amérique secoué il y a peu par des violences. Quito, deuxième ville en population et où la vie a repris depuis. Les nouvelles sont fragiles mais bonnes, le climat est capricieux et c’est là que vit Cheryl, notre collègue. 

On a donc pris l’avion pour une lune de miel/vacances d’anniversaire/voyage d’affaires. Car c’est la beauté de notre job, une connection internet déplace notre bureau presque n’importe où et nous voilà à travailler avec vue sur la Vierge du Panecillo dans un AirBnB au coeur du centre historique. 

quito equateur centre historique virgen panecillo

Quito, l’Équateur et le Cotopaxi où ma fièvre de vivre en résumé

Chaque année c’est pareil. C’est un bilan, un rendez-vous, une évaluation de ma vie. Chaque anniversaire, sans attendre les bonnes résolutions de janvier, je me suis promis depuis longtemps déjà de revoir mes priorités et le tour que prend ma vie à chaque tournant d’année. J’ai perdu un ami quand on débutait notre vingtaine. Une route droite, un chauffard saoul et il s’était fait faucher à 3 jours de Noël et 2 jours de l’anniversaire de son frère. De ce tragique événement, outre une grande peine, j’en ai retiré l’urgence de vivre et la fin de mon immortalité. 

Il y a dans les couleurs des rues de Quito, la palette des maisons jamais tristes quoique anciennes et parfois même vétustes, un entêtement festif qui fait la nique au temps qui passe, aux problèmes sociaux ou politiques, au secondaire. Il y a dans les musiques latines une indescriptible énergie où se concurrencent mélancolie, amour et joie, des sentiments de premier plan, de première importance, de quoi se sentir vraiment vivant. Il y a dans le locro de papas la douceur que l’aji vient tyranniser mais la saveur délicieuse nous fait oublier le piquant. Ici, c’est un peu la vie en miniature et les messages d’anniversaire que je reçois en sont un doux écho. Je suis à ma place, j’ai de bons amis et un formidable mari. 

© Mario Courchesne

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