Se lancer dans l’illustration, doucement mais surement.

Par Marlène Lefebvre

Dans cet article, je vous expliquais que depuis ma plus tendre enfance, je suis un peu une touche à tout dans le milieu artistique. On naît tous avec cette fibre artistique, mais disons qu’on ne la nourrit pas tous de la même façon et que ça ne devient pas passion pour tout le monde!

Dans cet article, je vais maintenant vous expliquer à quel point il a toujours été difficile pour moi de montrer ce que je fais. Je me sens sans arrêt illégitime, jugée... Mais je vais également vous expliquer que lorsqu’on prend son courage à deux mains, qu’on se donne un bon coup de pied au cul, ça ne peut être que bénéfique!

Lorsque j’ai eu 17 ans, l’envie de renflouer mon porte-monnaie alors que mes babysittings ne me rapportaient (presque) rien, j’ai décidé de vendre mes toiles. Eh oui, à l’époque, je peignais beaucoup et mon entourage me soutenait quand il s’agissait de montrer “mon art” pour, peut-être, finalement, un jour le vendre et même en vivre.

Alors portfolio sous le bras, je suis partie à la recherche de restaurants, boutiques et autres commerces pour leur demander d’exposer sur leurs murs. Toujours les mains tremblantes, le coeur battant bien trop vite et la gorge nouée avant d’entrer, je me motivais juste en me disant “c’est quoi le pire qui pourrait arriver?” J’avais bien conscience qu’un “non” ici ne voudrait pas dire un non partout, mais, le non vient avec un tas de questionnements:
“C’est nul ce que je fais?”
“Je suis trop jeune?”
“J’ai pas assez d’expérience?”
“Je suis pas professionnelle…?”
”C’est du déjà vu?”

J’ai eu des “non”, des “peut-être” sans futur et un “oui”. Oui, oui: UN OUI!

Mes tableaux seraient bientôt dans un bistro, au sein d’un centre commercial: des gens; les mêmes gens qui mangent là tous les jours, verraient mes toiles. Passage passant parfait, mais peut-être pas la meilleure des options. M’enfin. C’était cool, mais rien de vraiment concluant au final, monétairement j’entends. Alors j’ai continué ma recherche et je me suis tournée cette fois-ci vers des galeries, auxquelles je ne prétendais pas dans un premier temps. Une galerie, une seule, et c’était un oui! Pas la plus grande galerie de Rouen, pas la plus belle, pas la meilleure placée, mais j’avais un oui! Et le tout, gratuitement (car, oui, tu paies un mur lorsque tu exposes, et la galerie prend une -sacrée- commission quand tu vends)! Alors, je suis arrivée, avec ma toute petite toile et un “combien tu veux la vendre?” Je me rappelle de mon petit “70 euros” fébrile, et du rire du galeriste: “Ici, les plus petits formats se vendent 230 euros!”

Ma toile était alors en vente, à trois fois le prix de ce que je pensais initialement! J’avais alors l'impression d’avoir réussi ma vie (ahah) et d’être riche (de rien pour le moment). J’étais tellement fière! Il n’a fallu que quelques jours avant que le galeriste m’appelle: la toile était vendue et partait rejoindre sa nouvelle famille dans le centre de la France, à quelques centaines de kilomètres de chez moi!

En cherchant là, comme ça, je pense que mes études d’architecture ont été un vrai moteur, mais aussi un réel frein. Je m’explique. Montrer de nouveaux plans, tous les jours, imaginés par mes soins, dessinés durant des heures, et le fait qu’ils soient remis en question, tout le temps. Évidemment, je n’étais par architecte alors j’avais besoin des avis de mes professeurs pour avancer et apprendre, mais comme j’ai pu vous le dire précédemment, l’architecture n’est vraiment pas un bon souvenir. Je n’étais pas la première à me faire marcher dessus par ces profs sadiques qui pensaient avoir la science infuse et qui vous parlaient comme à des dégénérés. Croyez-moi, ça forge un peu (ou ça détruit) de montrer tout ce que l’on a, et que tout soit réduit à néant en dix minutes sans réelle explication. Bon, c’était aussi peut-être un signe que l’architecture n’était clairement pas pour moi!

BREF.

Ensuite, le concours pour l’École des Beaux-Arts: montrer ce que l’on fait, sans technique, sans les bons mots, la veille de son diplôme d’architecture (oui, oui, j’avais vraiment pressenti que c’était pas pour moi!) Dans cette école, on montre nos idées les plus folles, que ce soit en sculpture, photo, peinture, dessin, vidéo… puis, on montre en développant ses idées. Les professeurs n’ont pas du tout la même approche qu’en architecture puisqu’ici, on vous suggère d’aller plus loin, de continuer, mais sans jugement. Jamais. Après, il se peut que les copains se jugent entre eux, mais toujours dans la rigolade!

Quand je suis arrivée au Canada, j’ai tout de suite beaucoup travaillé, mais c’est comme si tous mes plaisirs créatifs étaient derrière moi. Alors, oui, j’ai fait un dessin par-ci, par-là, une jolie carte à envoyer, un poster pour décorer l’appart... mais rien de concret. Puis, j’ai acheté une tablette, parce que tous les tutos d’illustrateurs que je voyais me donnait bien envie (oui, regarder des vidéos d'illustration, c’était bien là mon seul plaisir créatif!). Alors, j’ai dessiné un peu, mais j’ai surtout regardé des séries sur Netflix (oups). Puis, j’ai changé de travail en janvier, ce qui m’a amenée à illustrer des paparmanes, des articles de blogs, à faire des miniatures Youtube, mais aussi, et surtout, à avoir plus de temps pour moi. J’ai ainsi pu mettre en pratique tout ce que j’avais appris avec ma bibliothèque de vidéos Youtube!

Alors, j’ai fais des essais. J’ai trouvé mes palettes de couleurs. J’ai effacé. Réessayé. Mais mes dessins restaient là, sans vie, dans ma tablette une fois terminés. Alors hop! hop! hop! admiratrice d’Instagram que je suis, j’ai décidé de lancer @ateliermarthes, juste pour partager, avoir des retours. OK, au début, j’en ai parlé à PERSONNE. Personne de mon entourage n’était au courant. Personne ne savait que je dessinais vraiment… (Non, je ne faisais pas ma star à créer en anonyme! ) Peur de montrer et d’être jugée... yes again! Alors, j’ai fait mes petites affaires de mon côté et j’ai eu des retours, doucement mais sûrement. Challenges, taguer des gens, aimer le contenu d’autres illustrateurs, partager… Tout cela m’a donné une grande confiance en moi illustrativement parlant. J’ai commencé à en parler, d’abord à petites gouttes. Sans être vraiment à la recherche de likes; à vrai dire, c’est comme si Instagram m’obligeait à dessiner, pour ensuite publier.

Puis, un coup de téléphone: “J’aimerais vendre vos illustrations dans ma boutique”. Puis, un mail: “J’aimerais vendre vos illustrations dans ma boutique”. Puis, un autre “j’aimerais que vous illustriez notre nouvelle gamme de produits”. BEN LÀ, comme on dit ici! C’est tellement encourageant; ça fait tellement de bien. Alors, non, je ne dévoilerai pas ici tous mes projets, puisque d’autres articles s’en viennent sur ce sujet, mais… Ça donne des ailes! Pas autant que Redbull, mais presque!

Je me suis lancée à la recherche de marchés de créateurs (bon… je ne remercierai pas vraiment Madame Covid d’avoir tout annulé sur son chemin…), j’ai ouvert ma boutique Etsy sous le même nom (toujours sans vraiment en parler autour de moi GOD) j’ai participé à de petits concours…(Pssst, avez-vous vu la nouvelle bière locale Albion de la brasserie de Joliette? C’est moi qui l’ai dessinéeee! Juste la partie dessin, là, non pas la partie texte, et comme je suis contente!!!)

illustration biere

Alors voilà. J’ai beaucoup de mal à définir ce que je fais dans la vie et encore plus à dire que je suis illustratrice, mais en tout cas, il m’arrive de dessiner. Un peu de la façon dont Mario n’est pas photographe, mais prends des photos.

Ma conclusion?

Oh combien je sais que c’est dur d’essayer de se faire confiance, comme c’est compliqué d’appréhender le retour des autres, comme c’est pas facile de porter ce jugement si difficile envers soi-même et de se sentir légitime… Mais comme c’est gratifiant et encourageant de voir que (quelques) personnes aiment ce que vous faites, et pas des gens de votre entourage qui vous soutiendront quoi qu’il advienne, non non, je parle des “autres” gens!

Fais-toi plaisir: crée! Lance-toi! (“j’y vais mais j’ai peuuuur”) et fonce. Alors oui, c’est un investissement. Oui, ça te coûte du temps et de l’argent, mais si t’y vas pas, tu sauras pas, et qui sait, peut-être même que tu regretteras!

Conclusion de conclusion: amuse-toi et vois ce qu’il se passe! Aussi, ne pense pas au “c’est trop simple” ou “déjà vu”: certaines marques se battent pour faire de la mayonnaise qui se démarquera de la concurrence, (ne me remerciez pas pour cet exemple de qualité), mais dans le fond, elles sont toutes pareilles, c’est de la mayo quoi.. Juste que X préférera celle-ci et Y l’autre. Mais ça reste de la mayo. Prends les ingrédients: fais ta propre mayo.

Essaie puis… qu’est-ce qui pourrait arriver de pire? Tu regretteras moins d’être monté dans le train plutôt que de l’avoir loupé!

septembre 10, 2020 — Marlène Lefebvre

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