LEBON Trait d'union
Voyages

Bribes de vie en tout inclus

Par Hélène Lebon

Direction la République dominicaine, por favor.

J’ai bu la tasse de chlore parce que le sodium m’écœure. J’ai voyagé en apesanteur dans la piscine de l’hôtel. J’ai vu la vie dans une échoppe de plongée. J’ai regardé bien au fond de mon arrière-boutique, du sable entre les orteils dorés. Il n’est rien resté d’avant. La vraie vie peut reprendre, les vacances ont lavé la fatigue, le tumulte, la routine, les vacances comme une laveuse de laverie qui te brasse tout en dedans pis te fait sourire en dehors.

Ma carte postale des beaux jours et de l’ennui accompagnera encore longtemps la brise froide qui me cinglera la face. Quand mon hiver québécois, qui feint toujours de ne pas finir,  me tannera trop, je regarderai le soleil avec un air de rien, une face complice, en souvenir de quand il était venu me caresser la peau sur ce bord de mer, avec toi dans mes yeux.

 

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À la plage, à la mer

La baigneuse est seule dans la mer à l’heure matinale de ce petit jour précoce. Elle barbote dans l’immensité des flots, tout en respectant scrupuleusement la délimitation donnée par les petites bouées rouges. Elle met la tête sous l’eau, libre avec ses cheveux en arrière. Je la vois. Elle se baigne autant dans la mer que dans le soleil doré qui se lève tranquillement.

À quelques coups de rames, des pêcheurs relèvent leurs filets, juchés sur une embarcation vétuste mais opérationnelle. Rien. Ils continuent plus loin, le long de la côte, à quelques mètres du bord, contournant soigneusement les petites bouées rouges. Rien. Ils repartent sans plus tarder. Finalement le jardinier sort, qui ratisse la plage et ramasse les feuilles éparses. Le gars de la piscine brasse l’eau et brosse le fond, les employés au bar ont sorti les torchons et claquent des verres.

Je repars vers ma chambre, déjà en sueur dans cette chaleur étouffante des Caraïbes. C’est pareil chaque matin ici et le caractère presque irrémédiable de nos débuts de journée côte-à-côte, me glace pour le mieux l’exotisme de ces vacances, un peu comme un Cuba libre servi à point.

 

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Délire végétal

Le bamboo perle. Sur la terrasse privée de notre chambre, face à la mer le bamboo perle. Des fois une petite goutte tombe et partout au bout de ses feuilles à pic, une petite sphère d’eau pend et adoucit les traits végétaux.

Ça n’arrive que dans la partie haute de la plante, les feuilles les plus proches du sol n’ont qu’un peu de brun à leurs extrémités. Il ne faut pas monter bien au quand même, environ 1,20 mètre et les perles d’eau fusent, patientes et obstinées. C’est beau et délicat, on dirait un spectacle d’opéra.

 

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La foule, nous et ce gars

Il y a ce grand gars de l’Alabama,  le visage bon enfant. Il rit fort et prend de la place. Des fois, il a l’air de s’encombrer lui-même. Il y a Johnny Manzel aussi, « Johnny Football » et le sport comme sujet qui rapproche, la conversation s’entame dans le lobby. Ça fait la job, on jase un peu. Le vieux renfrogné qui vient de Toronto n’a aucune chance. Il a essayé de s’insérer maladroitement dans la conversation mais c’est un lamentable échec.

En plus, avec le grand gaillard de l’Alabama, on partage le même problème de manque d’eau chaude et l’envie de passer (malgré ça) de bonnes vacances, quelques jours à relaxer en bord de mer. Il avait  juste dit “ I come from Alabama” que déjà on entendait le refrain archi connu dans nos têtes. Tout de suite, on l’a trouvé chill. D’ailleurs, ça été difficile de se rappeler de son prénom. Shawn je crois? Shawn sans doute. On l’a juste surnommé l’Alabama guy et on s’est salué plusieurs fois cette semaine-là. Par contre pour l’eau chaude, on ne s’est pas vu tant que ça.

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