Réflexions

Confinement de quartier

Par Marlène Lefebvre

Plusieurs jours de confinement maintenant. Un moral qui varie entre mauvaises nouvelles et petites choses de la vie qui paraissent si belles désormais. Je m’évade et me fais sourire avec si peu en ce moment. Les enfants qui jouent sur le parking, ma porte qui reste ouverte pour faire entrer le soleil (et Mouche), le voisin qui refait tout son jardin avec des dizaines de sacs de terre et me ramène vers les beaux jours qui pointent le bout de leur nez; ou encore cette lumière d’atelier qui reste allumée nous laissant voir le travail méticuleux de couture qu’entame cette autre voisine…

De là, vous pourriez penser que j’ai des habitudes un peu perverses de voyeurisme à regarder chez mes voisins. Pas du tout. Enfin je ne crois pas… Plus jeune, (ok, c’est pas si vieux), j’aimais ça regarder les téléréalités -françaises -, jusqu’à ce que finalement tout dérape, que ça ne fasse que crier, et qu’inciter à la violence (verbale ou non). Regarder et apprendre de la vie des gens (“Raconte le monde, rejoint les gens”, tu sais), je trouve ça fascinant. C’est comme regarder un film: d’autres habitudes que les miennes se dessinent, d’autres émotions, caractères… et moi, je suis là à observer et apprendre derrière mon écran, ou bien derrière ma fenêtre. Hey là, toi, je te vois à t’entêter sur ma curiosité malsaine. Alors non, premièrement, y’a rien de malsain, crois-moi, et de deux, je sais que lorsqu’il fait nuit, toi aussi tu regardes chez les gens lorsqu’une lumière est allumée. Je sais que tu refais leur déco, leur style vestimentaire, leur vie… Ça y est, t’es dans Les Sims.

Tout ça pour dire que la vie des gens me parle et m’interpelle.

En ce moment, justement, la vie des gens est toute chamboulée et chacun d’entre nous fais des choses inhabituelles: se mettre à la course à pieds et vomir ses entrailles au bout de 3 km, ou encore se mettre au potager à planter des centaines de graines sur un balcon aussi grand qu’une baignoire, ou cuisiner des pains et des pains afin d’assouvir son amour pour Ricardo, créer des maisons en bonbons, souffler dans des œufs percés et préparer Pâques afin de pas oublier qu’il y a un calendrier et que ce n’est pas dimanche tous les jours, s’émerveiller devant une jeune pousse de Piléa, regarder Netflix et sa dernière saison de La Casa Del Papel en deux soirs… (ok, ça on le faisait déjà… d’ailleurs, je vous conseille la série The Last Man On Earth, sujet très très actuel, mais aussi très très drôle).

Bref.

Nos habitudes changent, et il n’y a qu’à regarder dehors pour mettre un peu de baume au coeur durant cette période étrange, et inédite pour la quasi-totalité de chacun d’entre nous.

Dehors.

Parce que nous ici, au Canada, on a le droit de sortir. On nous conseille fortement de rester chez nous, mais on ne nous interdit pas (encore) d’aller prendre une marche au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit. 

Dehors c’est beau, dehors c’est calme, dehors c’est frais, et dehors est rempli d’amour et d’arcs-en-ciel.

D’amour. Partout.

La semaine dernière, ma voisine est venue frapper à ma porte. Enfin, c’est ce qu’elle devait faire jusqu’à ce que mes pieds ne la surprennent à la fenêtre et qu’elle se mette à rigoler. Ordinateur sur les genoux, assise au soleil, courant d’air dans les cheveux, hors de question que je ne profite pas des rayons solaires, même enfermée chez moi à travailler. “Je vais faire des banderoles pour la maison de retraite où se trouve ma maman, tu fais ça avec moi?”

Premier baume au coeur.

Chaussettes enfilées, jean troué d’environ vingt centimètres au niveau de la cuisse et distance de sécurité (presque) respectée, c’est parti. Deux banderoles à bricoler, six messages à passer. On a passé une grosse heure là-dessus, à rigoler à deux sur le parking, mais aussi à discuter avec les voisins autour. C’est comme si les gens avaient besoin de s’évader de leur quotidien: parlons ensemble, rigolons avec des gens (presque) inconnus; on est tous dans le même sac, on est une gang, une gang de vainqueurs. Deuxième baume au coeur. 

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Toiles terminées, gâteaux dégustés, pluie passée, les banderoles sont affichées à la maison de retraite. Isabelle ma voisine a été contactée par le personnel soignant qui la remerciait pour ce joli geste. Troisième baume au coeur.

Il fait beau et nous décidons d’aller prendre l’air en faisant un tour à vélo. Pas un, pas deux, pas trois, pas… des arcs-en-ciel. Partout.

Des arcs-en-ciel, partout.

Les fenêtres de mon quartier (et pas que) sont remplies de dessins fait par petits et grands. Des couleurs aux fenêtres, mais surtout, le même dessin, les mêmes couleurs avec ce même message: “ça va bien aller”. Tous dans le même sac. Quatrième baume au coeur. On les voit les arcs-en-ciel sur les réseaux sociaux, mais les voir en vrai, c’est fort.

Mes fenêtres ne donnent pas sur la rue (mais comme vous l’aurez compris, sur mes voisins, héhé). Quasi pas de vis-à-vis. Le fait de dessiner, ou imprimer, ou fabriquer un arc-en-ciel, je trouve ça génial, le fait de le partager avec plus de gens encore, c’est un grand oui! Les arcs-en-ciel “ça va bien aller” bourgeonnent dans les rues, et j’ai voulu participer. Nous avons voulu participer avec mon acolyte Isabelle. Alors nous avons enfilés nos pantalons troués et nos craies Ikea et avons fait d’une des rues de Longueuil notre toile. Tellement de gens se sont arrêtés: des sourires, des “bonjour”, des photos, des “merci”. Boom! Baume sixième au cœur. Ça nous a fait du bien de sortir de chez nous, voir le soleil, discuter encore et encore, rire, mais je ne m’attendais pas à ce que les gens aient l’air si contents de voir deux nanas un peu folles dessiner sur la route. Alors on s’est dit qu’on allait continuer, on sait pas encore vraiment. Mais donner le sourire à des inconnus, tout en nous faisant rire nous, c’est tellement bon! Essayez donc, notifiez-nous sur vos réseaux, ça nous fera si plaisir ainsi qu’à votre entourage, promis!

À suivre…

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