LEBON Trait d'union
L'appel de la maternité - lebon trait d'union
Réflexions

L’appel de la maternité

Par Isabelle Millaire

Très longtemps, je n’ai pas voulu d’enfants. En fait, ce n’est pas tant que je n’en voulais pas, mais plutôt que je n’en ressentais pas le besoin. Ce n’était pas « Ouache, non, pas pour moi! » mais bien un « … ». Bref, un silence radio de ce côté. Et c’est tant mieux. J’ai pu ainsi être célibataire sans en faire une maladie. Aller au cinéma, au théâtre, au restaurant, dans les cafés et les bars jusqu’à plus soif. Mes amies les plus proches n’en voulaient pas non plus, de descendance, donc nous n’en parlions pas. 

Puis, un jour, ma sœur, mon aînée de quelques années, a eu son premier fils. Sa grossesse m’avait un peu intriguée, mais sans plus. J’aimais bien mettre ma main sur son gros ventre pour sentir les petits coups de pied de Bébé. Je l’ai vue amoureusement placer et replacer des toutous dans la basinnette et accrocher des images colorées au mur. J’avais hâte de devenir matante. Je photographiais les futurs parents sans cesse, comprenant l’importance d’immortaliser ce moment.

Un jour d’été particulièrement chaud, je suis donc devenue tante pour la première fois. Accompagnée de mes parents, je suis allée à l’hôpital rencontrer ce petit homme.

En pénétrant dans la chambre d’hôpital aux couleurs pastelles, c’est d’abord ma soeur que j’ai vue. Les traits tirés, mais radieuse. À ses côtés, mon beau-frère, avec sur le visage cette même expression de ravissement béat. Puis, je l’ai vu, ce petit bonhomme. Tout mini et les poings serrés. Un sourire dans la voix, ma sœur s’est adressée à moi: « Tu peux le prendre, si tu veux. Assieds-toi. » Sans mot, je me suis installée sur la chaise usée près du lit. Le petit Mini a été déposé dans mes bras. Il a geint un peu. S’est tortillé quelques secondes, comme pour trouver la bonne position au creux de mes bras maladroits. « C’est Félix. » a dit doucement mon beau-frère. Je l’ai regardé dormir, la bouche en cœur. « Bonjour, Félix! » ai-je murmuré. J’étais conquise. Complètement sous le charme de Mini. Je l’ai longtemps appelé « l’homme de ma vie. » Jusqu’à ce que je rencontre celui qui allait devenir le père de mes enfants, en fait. 

Et c’est là, dans cette chambre d’hôpital aux lumières tamisées, que j’ai su que je ne passerais pas à côté de ce bonheur. Cet amour inconditionnel, je voulais le rencontrer, moi aussi. Je serais mère. Un point c’est tout. Je ne savais pas quand. Je ne savais pas qui serait mon complice dans cette folle aventure, mais je savais que cela serait. Mini avait allumé quelque chose en moi. M’avait pris aux tripes. Et j’étais la première stupéfaite de l’éclosion de ce désir. De cette certitude. De ce coup de cœur qui m’avait donné un cœur de mère.

Quelques années plus tard, je suis devenue matante pour la deuxième fois. La même émotion m’a submergée. Cette année-là, j’ai fait aussi la connaissance de mon homme.  Celui avec qui ce rêve de maternité allait devenir réalité.

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