Réflexions

Productivité niveau -12

Par Geneviève Tanguay-Leduc

Je pensais, il y a quelques semaines, vous partager mes trucs et astuces pour optimiser l’organisation au travail puis ensuite, le Québec s’est mis sur pause. Pendant cette période étrange, nous sommes nombreux à être confinés chacun chez soi. Une partie d’entre nous se dit que le moment est bien choisi pour lire un roman par semaine, réorganiser son espace, apprendre une nouvelle langue, repeindre l’appartement. Certains se font des marathons sur Netflix et mangent de la crème glacée au petit déjeuner et entre ces deux exemples, il se trouve une infinité de manières de vivre cette situation. En parlant avec mon entourage, je me rends compte qu’habituellement, nous sommes nombreux à remettre certains projets à plus tard et que, maintenant que nous avons du temps, on se sent lâche de ne pas s’y mettre. Sommes-nous socialement devenus esclaves de la productivité même lorsque les autorités gouvernementales nous exhortent de ne rien faire? Pourquoi avons-nous cette tendance à calculer notre valeur en fonction de notre productivité? Est-ce qu’être productif est synonyme d’être en contrôle? Savons-nous vraiment ce que c’est de prendre soin de soi? Pourquoi est-ce que la culpabilité se fait ressentir chez plusieurs lorsqu’on se permet de regarder une série en rafale blotti(e) dans le canapé vêtu(e) des mêmes pantalons molletonnés? Cette absence de routine ou de structure peut parfois être déconcertante.

Bien sûr, je suis consciente de mes privilèges, bien que mon système immunitaire ne soit pas de niveau cheval de course, je suis loin de vivre dans une situation précaire, ou dans un pays où la crise fait plus de ravages et je ne fais pas partie de ces gens courageux qui risquent leur santé jour après jour pour que nous ayons des soins, de la nourriture et des services de base. 

Cette période incertaine qui fait éclater toutes les structures peut à l’occasion être anxiogène. J’ai l’impression que ce rythme de vie effréné dans lequel nous vivions avait aussi comme fonction de nous étourdir, de nous coincer inévitablement entre les réflexions d’hier et les prévisions de demain en oubliant de vivre maintenant. C’est étrange de penser que lorsqu’on est petit, on rêve de la vie d’adulte et à l’âge adulte, on rêve de retrouver l’insouciance de l’enfance. Le temps, c’est un concept drôlement élastique: il semble nous filer entre les doigts lorsqu’on fait quelque chose de passionnant ou de captivant, mais il peut sembler compter en double lorsqu’on s’ennuie ou quand on doit s’attaquer aux choses difficiles. Apprivoiser le concept de lâcher prise est plutôt déroutant. J’ai hâte à la relance, je me languis de retrouver ma douce Montréal, de serrer mes parents dans mes bras et de faire des activités avec mes ami(e)s, mais en attendant, tout ce que j’ai c’est maintenant.

C’est à moi de décider, loin de toutes distractions, de faire ce qui me fait du bien maintenant. C’est à moi d’être à l’écoute de ma tête, de mon coeur et de mon corps. C’est le moment de valider ce qui compte pour vrai de vrai après tout. De se délester de cette pression sociale, de cesser de «paraître» pour se concentrer uniquement à «être». C’est le moment de monter le volume au maximum de cette voix intérieure bienveillante en quête de douceur.

J’ai encore une fois beaucoup de questions et bien peu de réponses, mais je compte bien sur le temps pour m’aider à élucider ces mystères. Et vous, vous le vivez comment ce confinement?

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