Entretien avec Esther Begin
Portraits

Rencontre marquante: Esther et moi

Par Isabelle Millaire

Il y a des moments qui nous marquent dans la vie.

Une image, un objet ou une simple parole prononcée et tout à coup, nous voilà replongé dans le passé. C’est ce qui m’est arrivé quand des collègues m’ont dit qu’ils partaient quelques jours à New York: j’ai immédiatement pensé au livre Carnet d’une flâneuse à New York et à son auteure, Esther Bégin, une ancienne collègue de travail.

©CPAC portraits at In Motion in Ottawa Aug. 9, 2018. Photo by Blair Gable | www.blairgable.com | @gablehead

M’est alors revenue en mémoire cette première journée de travail en 2002. Jusque-là, je n’avais eu que des emplois d’étudiante. Mais cet automne-là, la monitrice de camp de jour que j’étais a été parachutée en terrain inconnu: un plateau de télé! Assise à quelques mètres de madame Bégin, à l’époque cheffe d’antenne de LCN, entourée de caméras, je me sentais bien loin de mon rassurant petit carré de sable!

Mon premier direct à la télé est arrivé sur la pointe des pieds: ma formatrice, qui n’avait de formatrice que le nom, est partie sans prévenir. Disparue! Pouf! Seule et intimidée par la proximité que j’avais avec la lectrice, j’ai attendu. Une minute. Deux minutes. Esther m’a alors dit: «On est en ondes dans 30 secondes.» Je l’ai regardée avec un air de chevreuil apeuré. Elle a ajouté: «Tu fais le télésouffleur.»  Mes mains sont devenues moites et ma gorge sèche. Paniquée, j’ai saisi l’oreillette qui traînait sur le bureau. «10, 9, 8…» Mon cœur s’est mis à cogner fort dans ma poitrine. Musique d’ouverture. Doigts crispés. Ma tête menace d’éclater. Mais qu’est-ce que je fais là?! Tout va vite, mais le bulletin me paraît interminaaaable.

Enfin, la fin! Esther me remercie, se lève et quitte le plateau.

La glace est brisée, comme on dit!  

Je repensais à ce moment marquant de ma vie professionnelle quand Esther, qui a spontanément accepté de me rencontrer pour répondre à quelques questions, est arrivée chez Mamie Clafoutis tout sourire. Sa bonne humeur contagieuse a rapidement eu le dessus sur mon stress. 

Journaliste, animatrice, auteure et documentariste, Esther est, un peu comme Obélix dans la potion (mais en beaucoup plus menue 😉), tombée dans la politique quand elle était petite: avec ses parents, elle écoutait les bulletins d’informations et certains membres de sa famille ont fait de la politique. Aujourd’hui cheffe d’antenne francophone de la chaîne CPAC, elle est pleinement dans son élément: elle réalise des entrevues avec des politiciens actifs dans l’arène politique québécoise ou canadienne (Conversations avec Esther Bégin) et anime également une émission quotidienne (quand le Parlement siège) qui parle de l’actualité politique de notre pays (L’essentiel).

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Entre LCN et CPAC, on peut dire qu’elle n’a pas chômé! Tour à tour, elle a écrit des chroniques pour La Presse et Le journal de Montréal, a été sur le terrain pour RDI, à la radio, on a pu l’entendre au 98,5 FM, elle a écrit un livre, Carnet d’une flâneuse à New York, qu’elle a d’ailleurs mis à jour deux ans après sa sortie, et a réalisé une série documentaire, Fièvre politique, récompensée aux Gémeaux (prix de la meilleure recherche documentaire)… Ouf!

Essoufflée juste à lui rappeler tout ce qu’elle a fait, je lui demande si elle est capable parfois de décrocher. Décrocher complètement, je veux dire. Sourire en coin, elle me dit que oui, parlant notamment de ses voyages: le Mexique, Prague, un safari en Namibie… mais du même coup, elle avoue être toujours à portée de doigts de ses deux iPhone. Ah, passion, quand tu nous tiens!

Esther Begin

Seulement pour sa série documentaire, elle a rencontré 23 ex-politiciens. Elle ne compte plus les entrevues qu’elle a faites depuis ses débuts, en 1990, à Salut, Bonjour! Curieuse, je lui demande quelle a été son entrevue la plus marquante. Spontanément, elle mentionne son entretien avec Jean Lapierre, décédé dans un accident d’avion à peine deux mois après son entrevue pour Fièvre politique, mais se rappelant ses années de reporter aux faits divers à TVA, elle me parle aussi d’une entrevue qu’elle avait réalisée avec des grands-parents dont la petite-fille avait été violemment assassinée. «Tu rentres dans l’intimité des gens à un moment très difficile. C’est le genre d’entrevue qui te hante encore quand tu retournes chez toi à la fin de ta journée.»

Et comme moi en ce moment qui lui pose des questions, est-elle intimidée parfois par ses invité(e)s? Esther prend quelques secondes avant de me dire que, bien sûr, elle l’était à ses débuts, mais plus vraiment maintenant. Son secret? Être hyper bien préparée. La preuve, avant de me rencontrer, elle est allée lire quelques-uns de mes textes. Car être professionnelle, c’est aussi s’informer sur la personne qui va nous interviewer.

Esther lors du premier bulletin à LCN en 1997.

Elle aime son rôle d’animatrice au réseau CPAC; un boulot qui lui procure d’ailleurs tout plein de flashs pour des projets futurs. Et même si elle n’est pas activement à la recherche d’un nouveau défi, sa tête bouillonne d’idées, par exemple, elle a déjà à l’esprit quelques ex-politiciens qu’elle pourrait interroger pour une autre série documentaire… À suivre!

Devant le succès de son Carnet, je m’informe de la possibilité qu’elle en écrive un autre; pas tant une suite new-yorkaise, mais carrément un Carnet qui nous permettrait de découvrir une autre ville à travers ses bonnes adresses. Elle n’écarte pas l’idée, mais rien n’est en chantier de ce côté pour le moment. Et comment lui est venue cette idée de jouer un peu à la guide touristique? C’est la présidente des Éditions La Presse de l’époque qui l’a contactée car elle avait particulièrement apprécié le style de ses articles pour La Presse. Après un court moment de réflexion et à notre grand plaisir, Esther a accepté d’ajouter cette corde à son arc professionnelle: auteure.

Notre entretien tire à sa fin. J’ai posé toutes les questions que j’avais nerveusement notées et Esther y a répondu avec franchise. Généreuse, elle m’a aussi fourni toutes les photos dont j’avais besoin.

Décidément une belle rencontre qui m’a fait découvrir la femme sympathique derrière la travailleuse acharnée, jamais déconcentrée, que j’avais côtoyée pendant quelques années dans le cadre de mon travail. Comme quoi il y a toujours plus d’une facette à un individu!

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