Suzanne Myre et moi - Lebon
Réflexions

Suzanne Myre et moi

Par Isabelle Millaire

Lors du podcast Café noir et tableau blanc auquel j’ai participé et qui traitait des «suggestions de lecture pour la fête des Mères», j’ai mentionné, à la toute fin de l’épisode, que le livre que j’avais envie de lire, c’était L’Allumeuse, un recueil de nouvelles de Suzanne Myre, une auteure que j’affectionne tout particulièrement et avec qui je me sens beaucoup d’affinités. Oui, j’ai vraiment l’impression d’avoir tout plein de points communs avec cette auteure que j’aurais pu, si j’avais été moins gênée, rencontrer en chair et en os.

En effet, il y a quelques années, alors que je venais tout juste d’emménager dans un 1 et demi à Montréal, j’ai envoyé une nouvelle, Boris The Fish, à une revue littéraire – était-ce à XYZ, la revue de la nouvelle ou à Moebius? Je ne sais plus! -, mais toujours est-il que Suzanne Myre était sur le comité de lecture. Bien sûr, quand j’ai envoyé mon texte, je ne le savais pas.

Parenthèse: j’adore Suzanne Myre! J’ai découvert sa plume dans diverses revues spécialisées en nouvelles littéraires et j’ai littéralement eu un coup de cœur dès les premières lignes, séduite que j’ai été par la justesse des mots. Des mots précis comme autant de traits de scalpel.

Bref, quelques semaines après avoir envoyé ma nouvelle, j’ai donc reçu ce message de Suzanne Myre dans ma boîte courriel:

«Bonjour, Isabelle. J’ai lu ta nouvelle Boris The Fish. Malheureusement, elle n’a pas été retenue pour être publiée. Toutefois, j’espère que tu continueras à écrire. Si tu veux, nous pourrions aller prendre un café; je travaille dans un hôpital près de chez toi.»

Vous dire à quel point ce message m’a rendue hystérique! Je pense que tous les locataires de l’immense immeuble qui abritait mon petit logement m’ont entendue hurler de joie! Mon auteure de nouvelles préférées avait aimé mon histoire et me proposait d’aller prendre un café avec elle?! Wouah!

Mais, intimidée et me sentant imposteure en tant qu’auteure, je n’ai jamais répondu.

Suzanne, si tu me lis (on peut toujours rêver, non?), sache que je suis maintenant prête à te rencontrer. À savourer un café en jasant création littéraire avec toi! Je ne suis plus dans mon 1 et demi à Montréal, mais je peux me déplacer sans problème! Pour toi, je suis prête à traverser un pont à l’heure de pointe!

Mais là, me direz-vous, à part écrire des nouvelles comme ma nouvelliste pref, il n’y a guère de similitude entre elle moi… Stop! Une seconde! Je n’ai pas terminé! Elle est née, tenez-vous bien, à Montréal-Nord! Comme moi! Bouma! Si c’est pas un signe que nous sommes faites pour nous entendre, je sais pas ce que c’est!! D’ailleurs, la toile de fond de son recueil de nouvelles L’Allumeuse, grâce auquel j’ai renoué avec son style direct, limpide, incisif et sa savoureuse ironie, est Montréal-Nord. Il y a donc les rues et les lieux de mon enfance: l’église Sainte-Colette où j’ai fait ma première communion et ma confirmation – obligatoires à l’époque -, et le parc Primeau, où j’ai travaillé un été comme animatrice de camp de jour. C’est très étrange de lire des histoires qui se déroulent dans des lieux que j’ai moi-même fréquentés.

Dans ce recueil, Suzanne Myre a principalement mis en scène des femmes – et des jeunes filles – qui vivent des situations souvent dramatiques, mais dont elles semblent s’accommoder… Ce que je veux dire par là, c’est que ses héroïnes, bien que malmenées par la vie, ne sont pas dépeintes comme des victimes. On ne pleure pas en lisant leurs histoires. On est même tenté, malgré la noirceur du propos, de sourire. C’est que le sarcasme et l’ironie ne sont jamais bien loin. Et c’est une des choses que j’aime chez Myre: l’ombre qui est traversée par un petit éclat de lumière, le drôle (un peu jaunâtre) qui émerge du tragique. Tout n’est toutefois pas sombre dans L’Allumeuse; les deux derniers récits sont définitivement plus lumineux. Comme si Myre avait voulu que le lecteur quitte son œuvre sur une note plus positive. Mais, ironie: on retrouve à la fin Préavis de décès, sorte de notice biographique sur une mort annoncée (celle de l’auteure), illustré par une photo de Suzanne Myre elle-même avec un chat dans les bras. Ce qui n’est pas étonnant puisque Myre (comme moi 😊) adore les chats et en met régulièrement dans ses histoires. L’Allumeuse ne fait pas exception et contient une nouvelle ayant un chat comme personnage principal: Une enfance de petit Frigo. L’une de mes nouvelles favorites, pour ne pas dire ma favorite du recueil.

Si vous n’êtes pas familier avec ce genre littéraire que sont les nouvelles, pourquoi ne pas profiter de l’été pour le découvrir?

Bonne lecture!

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