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Voyages

Une petite histoire au sujet d’Antigua, Guatemala

Par Michel Solis

Alors que je suis né d’un père mexicain et d’une mère québécoise, le montréalais que je suis est très intrigué et attiré par l’Amérique latine. Après, au fil des ans, un grand nombre de voyages au Mexique, et des visites au Pérou et en Équateur, cette curiosité m’a mené à Antigua Guatemala, “l’ancienne Guatemala”. 

Il ne faut pas confondre Antigua Guatemala et l’île d’Antigua. Antigua Guatemala (que tous au Guatemala nomment simplement “Antigua”) est une ancienne capitale du Guatemala, située à l’intérieur des terres, à environ 80 km de l’Océan Pacifique.  

La petite histoire

Pour expliquer la petite histoire d’Antigua Guatemala, un parallèle…  Il était une fois des colons français qui arrivaient en Amérique, au 16è siècle, prêts à fonder la Nouvelle-France. 

Après quelques tours d’horizon, ils jettent leur dévolu sur… ce qui est maintenant Bromont, (oui, Bromont) un bel endroit entouré de montagnes situé à quelques dizaines de kilomètres de ce qui est maintenant Montréal, le tout sans bâtir Montréal, du moins à cette époque. Ces colons décident d’y installer le chef-lieu de la région. Ils y bâtissent donc rues de pavés, maisons, immeubles, églises, hôpitaux… 

La ville se développe, pour atteindre une superficie d’environ deux kilomètres carrés. Cet endroit se veut le centre économique de la région quand, quelques années plus tard… les colons se rendent compte qu’ils ne peuvent pas y établir le chef-lieu désiré, pour des raisons liées à la nature des environs. 

Ils décident donc de s’établir à l’endroit qui est maintenant Montréal, et, proches des chefs religieux de l’époque, proposent que ce « Bromont » devienne un centre religieux, abritant des ordres de religieux et d’autres de religieuses, qui occuperaient en quasi-exclusivité ce très bel endroit, proche et loin à la fois.

Les chefs religieux de l’époque acceptent et construisent séminaires, couvents, et davantage d’églises pour accueillir une population nombreuse de franciscains, dominicains, capucines, carmélites, etc.  

Tranquillement, au fil des ans, le nombre de religieux diminue et les laïcs retournent à ce « Bromont ». 

Aujourd’hui, en ce début de 21è siècle, ce « Bromont » contiendrait les premiers édifices construits en Nouvelle-France, un patrimoine bâti religieux imposant, des environs naturels bucoliques, et une population aimant la vie et désirant bénéficier au maximum des environs. 

C’est un peu l’histoire de la ville d’Antigua, Guatemala. Remplacez les colons français par des colons espagnols, le « chef-lieu de la région » par la capitale du Guatemala, précisez la raison du déménagement par des tremblements de terre, et vous êtes déjà proche de la réalité. 

Aujourd’hui

Donc, aujourd’hui Antigua Guatemala, ce serait comme Bromont si le centre historique de Montréal (le « Vieux-Montréal ») était d’inspiration espagnole, comptait davantage d’édifices religieux, et y avait été construit. 

Aujourd’hui, à Antigua Guatemala, il existe certes une économie locale et beaucoup d’habitants à temps plein (et même une usine appartenant à Nestlé, un peu au Sud d’Antigua), mais c’est d’abord et avant tout une ville où il fait bon vivre au milieu des antiquités, des montagnes et de l’air propre. Les rues étroites sont encore en pavés irréguliers, il y a bon nombre de sens uniques, et c’est à pied (mesdames, sans talons!) que l’on vit le mieux cette ville. 

Les gens de la capitale, la ville de Guatemala, y viennent pour la journée ou le weekend. Les touristes étrangers y affluent, sans jamais semble-t-il, trop dénaturer l’endroit. Le passé et le présent s’y côtoient quotidiennement.

On y trouve une scène culturelle très active, beaucoup de musique, une Alliance française et une délégation culturelle équivalente espagnole, des hôtels, restaurants et cafés pour tous les goûts et tous les budgets, une importante population autochtone dont les femmes portent encore des vêtements traditionnels identifiant leur village ou quartier tout en pianotant sur leurs téléphones intelligents, un nombre surprenant de boulangeries artisanales, un grand marché public actif et vibrant, bref, bien des éléments qui font qu’une grande partie des visiteurs à Antigua y retournent.

C’est une ville qu’on visite mais que surtout, on vit. 

Ai-je mentionné qu’il y fait soleil presque tous les jours de novembre à avril ? 

Mon voisin d’appartement, lors d’un récent séjour à Antigua, (un grand Danois (humain, pas canin!)) racontait qu’il était venu passer deux mois, qu’il allait acheter un commerce des environs, et qu’il s’agissait de sa 15e visite depuis 2002. 

L’ancien couvent des Soeurs Capucines, aujourd’hui converti en bureaux municipaux

Les êtres humains d’Antigua

Les habitants guatémaltèques d’Antigua sont des latins pour qui entretenir les relations humaines est plus important qu’au Nord, et respecter l’horaire établi l’est moins. 

Un autobus qui se rend avec 30 minutes de retard à la ville voisine, c’est bien possible. Un chauffeur d’autobus qui, pendant ce voyage, ne vous salue pas personnellement… ça l’est beaucoup moins. 

Un ajustement est nécessaire de la part du visiteur provenant du Nord; cet ajustement, une fois effectué, est très bon pour la santé mentale et cardiaque. Oui, ça va prendre plus de temps… et on va fort probablement se parler ! 

Par ailleurs, l’ambiance propre à Antigua fait qu’il est facile, en allant manger ou prendre un café seul, de jaser avec les occupants des tables voisines, qu’ils soient visiteurs ou guatémaltèques. Si l’on veut être seul pour travailler ou lire, personne ne viendra nous déranger; mais il est aisé de tisser des liens. Une des premières fois où j’ai pris le repas du midi chez El Pelegrino, un minuscule restaurant près de l’Église San Francisco, j’étais seul à ma table pour 2 au début du repas, chacun dans le restaurant étant face à sa table; à la fin du repas, la conversation occupait tout le restaurant et toutes les chaises étaient tournées vers le centre de la pièce. 

Une vendeuse de fruits et légumes vêtue d’un costume traditionnel au marché public d’Antigua et l’heure de l’apéro sur une des nombreuses terrasses sur les toits
   

Ces conversations sont plus faciles si le visiteur à Antigua parle espagnol, mais ça se fait aussi avec de l’anglais.  Une conversation des plus intéressantes en anglais s’est produite au célèbre et trop petit restaurant Porqué No, alors que l’espace restreint m’a fait partager une table avec une chef de Cork, en Irlande, née d’un père de l’Alaska et d’une mère de Bélize, ayant beaucoup voyagé et possédant des points de vue différents et très appuyés. 

Les visiteurs étrangers à Antigua sont souvent des voyageurs aguerris; Je dis « voyageurs » et non « touristes », c’est voulu. La toute première fois où j’y suis allé, j’ai partagé un taxi avec des gens de l’Outaouais dont la destination, dans leur voyage précédent, avait été… l’Ouzbékistan ! À Antigua, on voit le genre de voyageur qui, s’il ne se débrouille pas en espagnol, va s’excuser de ne pas le parler plutôt qu’accuser son interlocuteur guatémaltèque de ne pas maîtriser la langue de Shakespeare.  

En général, le mélange d’ancien et nouveau, et de Guatémaltèques chaleureux et de voyageurs aguerris, de vieilles pierres et de montagnes environnantes, me fait vouloir retourner à Antigua.  

Une fois sur place

Les rues d’Antigua sont en damier régulier et sont numérotées; les rues du Nord au Sud et les avenues de l’Est à l’Ouest. Si vous vous perdez alors que quelqu’un vous a dit de le rejoindre au coin de la 6è avenue et de la 2è rue, c’est que vous avez pris un apéro de trop. 

Comme dans bien des cités latines, on trouve au coeur d’Antigua un vaste parc central avec grands arbres, bancs et fontaine. En général, (il y a des exceptions), plus les commerces, hôtels, cafés sont près du parc central, plus ils sont touristiques, plus ils sont chers et moins ils sont authentiquement guatémaltèques. La Calle del Arco est aussi plus chère et plus touristique. En général, il suffit de faire 2-3 coins de rue dans un sens ou dans l’autre pour améliorer votre sort. 

Le parc central d’Antigua

Ceci dit, je n’ai rien contre les commerces moins guatémaltèques. J’ai passé de très bons moments au Viejo Café qui offre des croissants vraiment super, et au Café-Théatre El Sitio où un Suisse très sympathique du nom de Alain propose des filets mignons délicieux, dans un très bel endroit. 

Mais pour goûter un bon « pepian », cet excellent plat en sauce typiquement guatémaltèque, et le payer à un prix raisonnable, il vaut mieux s’éloigner du parc central et la Casa de las Sopas est un bon endroit pour ça. Le même principe s’applique à la boulangerie locale et à bien d’autres commerces. 

Le macchiato du Café Barista sur la place centrale est très bon. Le macchiato du Café la Parada, au Nord, près de l’église de la Merced, est sensiblement moins cher et simplement… mémorable. 

Et… il faut absolument visiter le grand marché public d’Antigua, quelques rues à l’Ouest du parc central.  

La sécurité

Il est difficile de ne pas parler de la sécurité au Guatemala; les avis de voyage des gouvernements sont d’une grande sévérité. 

Je ne les balaie certainement pas du revers de la main, ces avis. On m’a expliqué des choses qui m’ont fait sourciller, comme par exemple que les paires de souliers de course suspendues aux fils téléphoniques qui traversent une rue sont une indication du territoire d’une gang criminalisée. 

Mais je ne peux pas dire que je me sois senti menacé personnellement à quelque moment d’un séjour à Antigua. 

C’est certain que se promener en short et t-shirt, avec casquette de baseball américain sur la tête et caméra de 1000$ au cou, c’est attirer l’attention pour rien… C’est certain que sortir d’un bar, ivre, aux petites heures du matin, en ne parlant aucun espagnol, c’est (comme disait Shakespeare, ou l’un de ses amis) « asking for trouble » ou encore « a recipe for disaster ». 

Mais j’ai été dans la rue souvent jusqu’à minuit et je n’ai pas ressenti de menace. Je parle espagnol, ça aide beaucoup; mais je n’ai pas entendu d’autres visiteurs me parler de malaises liés à des perceptions de danger.

Une fois qu’elle avait reçu un bon nombre de mes photos d’Antigua par messagerie Internet, une amie montréalaise a spontanément déclaré que Antigua Guatemala serait une destination très connue et recherchée d’ici 5 ou 10 ans.

Je vous souhaite d’y aller plus tôt ! 

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