Tête-à-tête avec l’automne

Par Marlène Lefebvre

Ceux qui me connaissent ou me lisent ici savent que l’expatriation au Canada, et plus précisément au Québec, n’a pas été un choix facile. Un choix noyé entre larmes et envie d’aventure, un choix qui a pris 10000 chemins différents dans ma tête... Puis, finalement, un choix que, si je devais refaire, je referais.

Mais ceux qui me connaissent bien savent aussi que malgré le fait que je suis bien ici, au Québec, il me manque des trucs. Je ne parle pas de ma famille ou de mes amis, que je ne considère pas comme des trucs, mais disons, comme un manque de repères, tu sais, se sentir chez soi, sans être chez soi un peu. D'ailleurs, en y pensant, je fais souvent ressentir ce manque avec beaucoup d’humour. Noir l’humour. Très noir. Trop noir. Tu sais la Française aigrie qui se plaint tout le temps: “En France, c’est mieux et gnagnagna”, “Puis, les Québécois, blablabla”. Attention, je parle d’humour. Oui, parce que tu pourrais me dire: “T’as qu’à repartir en France.” Bah non, parce que si je reste ici, c’est que l’aventure nord-américaine me plait, sinon oui, je serais repartie. Mais merci du conseil.

BREF.

Ça va faire un peu plus de trois ans que nous sommes ici. Trois automnes. Trois automnes à essayer de vivre les couleurs. Tu sais, THE couleurs du Québec, quand le vert des arbres se dit qu’il commence à cailler et laisse les rouges, jaunes et oranges prendre la relève.

La première année, nous les avons clairement loupées. Nous étions partis une fin de semaine à la fin octobre dans un superbe chalet, un peu plus au nord afin de nous promener et découvrir tout ça, mais finalement, ce que l’on a découvert, c’est nos doudounes et les premiers flocons de neige. Le blanc n’est pas une couleur, mais une valeur. Dommage pour les couleurs cette année-là donc.

Le second automne, nous nous sommes essayés à des balades sur différents monts. C’était beau, coloré, mais là, je me disais que les Québécois nous avaient un peu menti sur la marchandise. C’était beau, avec tout plein de monde à croiser dans nos différentes balades (payantes qui plus est - oui, les beaux parcs ici, c’est rarement gratos). Bon.

Et nous voici maintenant. Troisième automne.

Nous sommes partis en balade le week-end dernier. C’était un week-end surprise pour moi. Sachez que j’ai eu la larme à l’oeil 5 ou 6 fois durant le trajet, 1h45 de trajet. Alors, non, pas d’émotion en traversant la ville de Montréal, mais dès que nous avons commencé à voir une multitude de feuillages, tous aussi beaux les uns que les autres... Oui, je suis le genre de personne à qui vient facilement les larmes aux yeux, car je ne sais pas gérer ses émotions. Tout est propice à une larmichette. Re-bref.

Lorsque j’étais en France, ma saison préférée était l’été. Et ce durant 27 ans de ma vie: les vacances, le soleil, la mer, les cigales… Depuis que je suis ici, c’est l’automne. L’hiver est très long. L’été très chaud et humide, alors quand vient l’automne, je suis ravie de sortir, prendre l’air frais, mettre des chaussures un peu fermées, un bon gros pull mais surtout, surtout, penser aux raclettes qui s’en viennent (blague sans en être vraiment une). Si demain je retournais en France, l’été serait sûrement de nouveau ma saison favorite. À chacun son pays, à chacun sa saison!

Alors, oui, j’ai pleuré la beauté de la nature, les couleurs flamboyantes qui nous entouraient, le silence dont on avait besoin. J’ai pleuré d’être si contente de n’être que tous les deux, perdus dans ce coin paumé, avec le chant des oiseaux et celui des écureuils qui se battent pour un gland. C’était sublime. Et les Québécois ne nous avaient pas menti. Tu sais, les photos que tu vois dans les magazines ou sur tes écrans, elles ne sont pas forcément retouchées. Et ça aussi, je l’ai pleuré, voir ça pour de vrai et profiter, sans courir à gauche à droite, se couper des réseaux, n’avoir de nouvelles de personne, pas de notification futile pour te dire que untel t’a taguée dans une publication ou que sais-je durant 2 jours. Quel bonheur.

Prends du temps pour toi, écoute-toi, et va te balader. Parce que là, je parle de l’automne, mais… je suis une personne à larmichette. Et la larmichette vient en automne, mais aussi en hiver quand tout est recouvert de neige, au printemps quand les bourgeons arrivent tardivement mais vite, et en été quand un rayon de soleil bouillant effleure mon visage.

En fait, c’est juste ça, la nature m’émerveille et la retrouver est une explosion d'émotions. Et ce qui s’est passé le week-end dernier, ce tête à tête avec dame Nature (et je ne parle pas de mes règles, merci), ça faisait sans doute trop longtemps que ce n’était pas arrivé.

octobre 09, 2020 — Marlène Lefebvre

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