Lettre à ma soeur

Par Hélène Lebon

Il y a 35 ans que je suis née. Chaque anniversaire est pour moi l’occasion d’une introspection. Cette année, cette réflexion «Est-ce que je suis heureuse? Est-ce que je rends les autres heureux? Est-ce que je fais de mon mieux?» m’a permis de me rendre à l’évidence: je dois des excuses à ma soeur. J’ai donc décidé de lui écrire.

«Chère Bilou,

Pardonne l’étalage de notre vie privée ici, nous qui sommes plutôt discrètes à bien des égards. Pardonne-moi car je te dois des excuses, des excuses publiques et c’est pourquoi je t’écris cette lettre ouverte. Aujourd’hui, c’est mon anniversaire et tu vois, il faut croire que j’ai grandi.

Je te dois des excuses parce qu’il y a 4 ou 5 ans, quand tu as dit que tu étais végane, j’ai ri. J’ai dit que c'était bien pour rester mince, j’ai pensé que c'était une excentricité pour prouver un statut d’artiste, une façon de te différencier. J’ai refusé de voir, je n’ai pas cherché à comprendre, j’ai piétiné ton annonce avec des gros sabots de préjugés. J’haïs tellement les idiots qui jugent sans comprendre, mais je n’ai pas fait mieux. Je n’y suis pas arrivée par les mêmes chemins que toi, je crois, mais j’en comprends la pluralité et la pertinence aujourd’hui.

Il y a des véganismes, comme il y a la gauche plurielle et plusieurs fleurs dans un même jardin. Mais sans toi, je ne m’y serais pas intéressée, je n’aurais pas pensé pouvoir me l’approprier un peu, m’y mettre à mon tour. De la philosophie à la vraie vie, j’ai suivi tes pas. Bien sûr, Montréal est un terreau fertile pour l’avènement de ce courant dans la vie privée de chacun, alors j’ai eu la vie facile pour m’y plonger, mais je te dois l’ouverture de mes yeux, ma curiosité renouvelée.

J’ai toujours refusé les étiquettes. Tu le sais. Mais j’adopterai celle-là si elle me rapproche de toi. Car j’en ai une plus belle encore, celle de grande sœur. Et comme grande sœur, je voudrais que tu me voies comme un exemple - oui je sais, belle démonstration d’auto-estime sous stéroïdes - mais cette année, quelque chose a changé. J’ai compris que toi aussi, tu pouvais être un exemple pour moi. Que ça n’a pas d’importance, l’ordre de naissance. L’important, c’est ce qu’on fait du trait entre nos dates de naissance et de mort, peu importe la longueur qu’il aura.

Je voudrais aussi saluer ta démarche artistique et ce travail que tu fais assidûment depuis ta formation aux Beaux-Arts. Tu n’as pas lâché ta vocation quand moi, je me suis écartée de la mienne. L’argent, la vie, je n’ai pas su garder le cap; j’ai écouté d’autres sirènes. Alors, pour ça, bravo. Là encore, je te prends comme modèle et je me rappelle à l’ordre et à mes priorités. D’ailleurs, tu seras contente je pense: je reprends la plume et le chemin de mes amours journalistiques. Ta foi m’inspire pour retrouver la mienne.

Mais le plus important, dans tout ce que j’ai à te dire, c’est que je voudrais que tu me considères ton amie. Bien souvent, en amitié, on peut faire la différence en étant là l’une pour l’autre et moi, comme d’habitude, je suis à des milliers de kilomètres de toi. Mais j’essaie d’être là autrement, j’en prends l’engagement publiquement tu vois. C’est là le but de ma lettre ouverte. Te dire que je suis là, que je t’aime, que je t’appuie et que je t’admire. Notre relation n’a pas besoin d’être parfaite ou fusionnelle. Juste à notre mesure, comme elle fait notre bonheur. Je te remercie de m’aider à en découvrir un peu plus sur la vie, de me ramener, consciemment ou inconsciemment, sur le chemin créatif et intègre de l’existence que je veux mener. Aujourd’hui, c’est mon anniversaire et ça m’aura pris tes 28 ans, mais je sais désormais que mon plus beau cadeau, c’est toi, petite flamme sur mes bougies, petite sœur dans ma vie.

Je t’aime.

Lénou.»

novembre 07, 2020 — Hélène Lebon

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