Yoga, le livre ouvert d’Emmanuel Carrère

Par Hélène Lebon

C’est mon premier bouquin de Carrère, Yoga, et son dernier publié. Je l’ai lu presque d’une traite, les premières pages un peu longues pour s’installer puis ce samedi soir, c’est en tête-à-tête que je passe la soirée avec le livre. Absorbée, pétrifiée, sidérée, connectée. Yoga, c’est un peu moi. Tant pis si cette phrase a des airs de je me la pète, c’est une des leçons de cette lecture.

Inspire, expire, etc.

Ça parle de yoga; super, ça m’interpelle. Ça parle de méditation; excellent j’explore cette discipline. Un peu en dilettante, c’est vrai mais je m’y intéresse. Mais en fait, ça parle surtout de la vie, d’une maladie, d’un mal-être, d’un hamster qui tourne comme un olympien et de toutes les façons qu’on a de vivre avec. Yoga, méditation, écriture/job, relations humaines. Dans la nuit noire de mon chalet perdu sur l'Île-du-Prince-Édouard, mes doigts glissent sur ma liseuse avec régularité.

Une autre vie que la mienne

Ça parle d’un projet, ce livre qui n’a pas du tout tourné comme prévu, comme bien des projets dans la vie, mais qui a tourné à sa façon à lui, parfois à la dure ou dans la déprime, parfois dans un enthousiasme certain et une évidence déconcertante. Ce livre me rassure. Je ne me sens plus sur la mauvaise voie. La vie prend des détours, sa vie, la mienne, tout le monde. J’ai d’un coup de la sympathie pour lui, même si, des fois, des pointes de jalousie m’agacent. Le yoga, la méditation, mais aussi l’écriture, le journalisme... vraiment, ce gars m’énerve.

Cette idée de l’effort qui paie

Ce livre, c’est aussi la réaffirmation du travail qui donne des résultats. Pratiquer. Pratiquer, pratiquer, pratiquer même s’il fait beau dehors, même si on ne voit plus le bout ni la raison de gestes maintes fois repris, sur le clavier, le tapis ou dans la vie. Pratiquer pour ne pas perdre le Nord quand on pense avoir perdu le reste. Ce livre, je l’ai lu comme une ode à la création qui sauve, une création exigeante à qui il faut consacrer du temps et à laquelle il est inutile de faire la sourde oreille: elle nous rattrape tôt ou tard et rend notre vie invivable si on la tasse. Créateurs créons. Ne cessons jamais, dans la peine et la douleur, c’est notre rééquilibre.

Pas d’Emmanuel sans Olivia

Ce livre, je m’en foutais. Comme des autres qu’il a fait, lui et son nom établi et si ce n’avait été de la critique qu’en a fait Olivia de Lamberterie lue en diagonale sur mon fil Instagram, j’aurais sourcillé pour le titre mais rien d’autre. Elle sait faire aimer les livres qu’elle a aimés. Elle me convainc à tout coup. Elle a la description généreuse, chirurgicale et bienveillante. C’est précieux, une personne comme elle qui parle de son livre à lui comme ça. Sinon, je serais passée à côté.

Om à la joie

Yoga, c’est sa vie avec assez de maturité pour dire ce qui va et ce qui ne va pas. Mais c’est aussi un rappel pour chacun d’entre nous. Cette vie, notre vie est courte, perpétuellement en changements, on y est plus facilement triste qu’heureux, alors vivons-la pleinement. Poser des questions, c’est courir le risque d’avoir des réponses. Bonnes ou mauvaises, elles nous font avancer. Ah oui, et aussi, il vaut mieux trouver un bon bâton dès le début parce que le chemin est - plus souvent que de coutume- plus ardu qu’on ne le pensait. Mais on s’en sort. On est fragile, mais on s’en sort; nourrissons nos passions.

Yoga c’est chouette. Pas parce que c’est drôle; ça ne l’est pas. Pas léger ou rough non plus. Mais ça fait du bien. De ce genre de lecture nécessaire, piqûre de rappel à point nommé.

septembre 29, 2020 — Hélène Lebon

Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d’être publiés.